Au Canada, la rentrée scolaire se fait cette année sur le fonds d'un climat de peur et d'inquiétude d'attraper la grippe aviaire, dite grippe H5N1. La forte médiatisation d'une épidémie de grippe contagieuse d'origine animale, incite plusieurs parents à s'inquiéter pour leurs enfants qui doivent rencontrer d'autres camarades à l'école. Certains parviennent même à s'interroger sur l'efficacité d'un vaccin précipité qui pourrait immuniser certaines personnes à risques. Pour bien comprendre cette problématique, il est bon de chercher à savoir s'il existe une raison suffisante de se préparer contre une épidémie de grippe aviaire. Dans quelles circonstances qu'on peut parler d'une épidémie? La médiatisation d'une pandémie de grippe serait-elle le fruit d'un hasard? À qui profite la manipulation de l'opinion publique sur le type A (H1N1) de la grippe porcine? Les instances internationales seraient-elles complices de ceux et celles qui ont des intérêts inavoués dans la recherche d'un vaccin contre la grippe aviaire?
Selon le Petit Robert, on parle d'une épidémie lorsqu'il y a « l'apparition accidentelle d'un grand nombre de cas (d'une maladie infectieuse transmissible), ou accroissement considérable du nombre des cas dans une région donnée ou au sein d'une collectivité »[1]. En revanche, une pandémie est «l'éclosion d'une maladie qui touche une large proportion de la population à l'échelle mondiale»[2]. La grippe aviaire désigne les différentes formes du virus de la grippe qui infectent les oiseaux sauvages et domestiques. À bien remarquer, la souche H5N1 du virus peut muter rapidement sous une forme différente en échangeant des gènes avec le virus de la grippe humaine. En 2004, une souche H5N1 du virus a été médiatisée en raison de sa dangerosité et de sa transmissibilité à l'homme[3]. Selon le dernier rapport de l'OMS, le nombre de décès relié à cette grippe se chiffre seulement à 250 personnes à travers le monde. Peut-on conclure à une pandémie d'épizootie à l'échelle planétaire?
Il y a une centaine d'années depuis qu'on a identifié en Italie le virus de la grippe aviaire, également appelé grippe du poulet ou influenza aviaire. C'est en 1997 que la grippe H5N1 fait ses premières victimes humaines à Hong-Kong. Les autorités sanitaires recensent à l'époque 18 cas de contamination chez les humains, dont 6 décès[4]. À première vue, ce sont les volatiles infectés qui transmettent le virus par les sécrétions respiratoires ou les déjections. Les symptômes de la maladie s'apparentent dans les premiers temps à ceux d'une grippe commune. L'affection se manifeste par de la fièvre, de la toux, des maux de gorge, des douleurs musculaires, des infections oculaires (conjonctivites) ou des difficultés respiratoires.. Dans les cas les plus graves, des infections pulmonaires virales mortelles peuvent se développer[5].
Les experts de la santé sont unanimes à reconnaître que le virus de cette grippe virulente peut naitre de la combinaison d'un virus de la grippe aviaire et d'un virus grippal humain ou de la mutation d'un virus existant, ce qui crée une nouvelle souche susceptible d'infecter les humains[6]. Nul ne sait comment le virus évoluera ni à quel point la pandémie sera importante. De ce fait, il est très difficile de prévoir les incidences d'une pandémie à l'échelle mondiale. Les grandes découvertes de la science permettent aujourd'hui aux pays nantis de mieux s'équiper pour faire face à n'importe quel problème majeur. Il est absurde de se baser sur les pandémies de grippe survenues en 1918-1919, en 1957-1958 et en 1968-1969 pour attiser la peur au sein d'une collectivité. On est conscient que la grippe aviaire a fait des victimes au Canada.
Cependant, on ne peut pas ignorer que la grippe constitue en soi une maladie infectieuse et contagieuse, caractérisée par la fièvre, un abattement général et des symptômes, tels que : rhume, bronchite, etc. C'est un fait connu, chaque année des milliers de gens meurent de la grippe, surtout ceux qui ont un système immunitaire très fragile dans les pays nordiques. Les enfants, les personnes âgées, les femmes enceintes représentent une clientèle cible qui pourra être affectée par une grippe virulente de type A H1N1. Ainsi, faudrait-il adopter une attitude alarmiste pour chercher à sensibiliser la population à des mesures d'hygiène élémentaires à l'approche des saisons froides. Les experts de la santé ont profité de la crise épidémique mexicaine pour créer un besoin sur le marché international. Ils se font complices des grandes sociétés pharmaceutiques qui ont intérêt à propager une peur endémique de façon à créer une demande pour écouler leurs stocks de vaccins et du coup grossir leurs chiffres d'affaires. La société française Roche qui détient le brevet de Tamiflu augmentera la valeur de ses actions en bourse, lorsque les autorités sanitaires du pays ont commandé une grande quantité de vaccins pour immuniser les Canadiens d'une éventuelle épizootie. Ce faisant, elles contribuent aux effets de panique institués par la médiatisation d'une pandémie qui n'aura pas lieu.
Le jeu des grandes sociétés pharmaceutiques telles que Pfizer et Roche, détentrices du monopole de production des doses de vaccins antigrippaux, rentre dans une logique de la loi du marché économique. Ce n'est pas innocent lorsque les experts de la santé se prononcent sur les commandes de vaccins du gouvernement où ils jugent très appropriées les mesures prises pour réquisitionner des doses de vaccins susceptibles d'enrayer la propagation de cette grippe contagieuse dans un laps de temps.. Si Dr Klaus Stoehr (OMS) n'avait pas déclaré en 2004 la probable pandémie du virus à l'humain. Les sociétés et les experts n'utiliseraient pas son discours pour manipuler l'opinion publique dans la fabrication de la peur. On doit comprendre que l'organisation mondiale de la santé (OMS) doit mesurer l'impact de son discours lorsqu'elle médiatise une pandémie de grippe aviaire qui exige des coûts financiers énormes. Elle devra chercher à procurer des doses suffisantes aux pays du tiers monde pour parer à une pandémie créée de toute pièce. Donc, il n'est inutile de dire que l'OMS participe, sans le vouloir, à la montée de valeur des actions des sociétés impliquées. Sauf les investisseurs de ces sociétés sortiront gagnant d'énormes profits en écoulant la production des doses de vaccins sur le marché international.
Dans les années 80, les autorités sanitaires haïtiennes ont institué un organisme connu sous le nom de Pepadep pour éradiquer les cochons créoles dans le milieu paysan. L'idée de cette éradication vient de la peur constante des instances internationales (OMS) d'une transmission de la grippe porcine à l'homme. Ce prétexte de peste aviaire a servi de base pour la destruction de l'économie rurale dans ce pays. Les paysans qui ont l'habitude de pratiquer l'élevage et l'agriculture, se sont contraints d'abattre leurs bétails qui constituaient leur investissement et leur fonds de retraite. Aujourd'hui, les familles sont dépourvues de leurs ressources et elles ne peuvent plus disposer de leurs animaux pour envoyer leurs enfants à l'école ou les disposer à leur guise dans l'éventualité d'une extrême urgence. À un moment où l'agriculture n'est plus prospère comme autrefois, il est bon de réfléchir sur les méfaits néfastes d'une médiatisation à outrance dans le secteur paysan haïtien.
À notre avis, il n'y a pas lieu de s'inquiéter d'une épidémie ni d'une pandémie de la grippe aviaire de type A H1N1. Au Canada, rien n'indique que les autorités ne sont pas équipées pour faire face à une crise de ce genre. Il est insensé de croire que l'apparition et la propagation d'une maladie infectieuse et contagieuse frappe en même temps et en un même endroit un grand nombre de personnes, d'animaux (épizootie) ou des plantes (épiphytie). Les gens censés de notre communauté ne doivent pas se laisser berner par la fabrication de la peur qui se fait dans l'esprit de manipuler l'opinion publique afin que les grandes sociétés se redressent des effets de la récession.
Jean-Marie Mondésir
Juriste haitien
Tél. : 819-743-5195
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[1] Dictionnaire Le Petit Robert de la langue française, éd. 2004, p.922.
[2] Internet. [http://www.hc-sc.gc.ca/hl-vs/]. Site du ministère canadien de la santé, consulté le 08/09/09
[3] Internet. [ http://fr.wikipedia.org/wiki/Grippe_aviaire].Wikipédia, encyclopédie libre, consulté le 08/09/09.
[4] Internet. [http://www.radio-canada.ca/nouvelles/dossiers/grippe-aviaire/]. Dossier de Radio-Canada, consulté le 08/09 /09
[5] Ibid, site Web de radio-Canada.ca, consulté le 08/09/09
[6] Ibid, Site Web du ministère canadien de la santé, consulté le 08/09/09


